Une histoire de négo…

Cette histoire commence bien avant l’élaboration de nos demandes aux tables centrale et sectorielle en 2009. En effet, cette histoire commence un certain mois de décembre 2005 quand le gouvernement libéral de Jean Charest nous a flanqué une gifle par un décret fixant nos conditions de travail et nous interdisant toute manifestation qui perturberait le cours normal du travail alors que nous négociions de bonne foi depuis des années. Nous avons trouvé très douloureux de nous faire bâillonner. D’ailleurs, cette épée de Damoclès a pesé sur toute la ronde de négociation que nous venons de vivre. Elle en a peut-être même influencé les résultats. Étions-nous timorés en raison de la menace d’un autre décret ? Ou désabusés parce que «le gouvernement a le gros bout du bâton» ? Ou révoltés «parce qu’on ne se la fera pas servir deux fois !» ? Seule une analyse éclairée pourra le dire. Les bilans viendront.

Nos représentants syndicaux sont entrés, l’année dernière, dans la ronde étourdissante des négociations avec du cœur au ventre. Nous avons élaboré un cahier de demandes sectorielles de manière démocratique et ouverte au printemps 2009 au moyen d’une vaste consultation de tous les membres de la Fédération. Les sept parties de ce cahier (tâche et ressources, rémunération, formation continue, précarité, organisation du travail, conciliation famille-travail et clarification à la convention) reflétaient bien les préoccupations des professeurs du collégial. Mais le point qui apparaissait le plus important aux yeux de tous était de mettre des ressources nouvelles sur la tâche. En effet, notre tâche s’est complexifiée et alourdie grandement depuis quelques années, ce qui a été démontré dans le document Enseigner au collégial… Portrait de la profession en mars 2008, et un réajustement était nécessaire. De plus, ces nouvelles ressources feraient en sorte que des postes seraient créés pour les enseignants précaires qui pâtissent interminablement en bout de file.

Pendant ce temps, les alliances se sont tissées jusqu’à la création d’un gigantesque Front commun de tout le secteur public, réunissant 3 centrales syndicales : la SISP, la CSN et la FTQ. Au total, 475 000 travailleurs s’unissaient pour pouvoir aller chercher de meilleures conditions de travail. Une telle alliance ne s’était pas vue depuis les années 1970. Nous nous sommes sentis forts, surtout lors des manifestations publiques. Rappelez-vous le 29 octobre au soir au CEPSUM lors du dépôt de nos demandes ou le samedi 20 mars, dans le centre-ville, quand 75 000 syndiqués sont descendus dans la rue, devenue une mer verte de nos drapeaux et banderoles.

En vue des négociations à la table centrale, les stratèges ont élaboré des arguments convaincants : on a démontré que le secteur public perdait du terrain par rapport au privé. Les demandes salariales étaient importantes mais justifiées : 11.25 % sur trois ans. On a aussi démontré que les services publics déclinaient, soit par la privatisation graduelle de plusieurs d’entre eux, surtout en santé, soit par une attrition due au non remplacement des fonctionnaires qui partent à la retraite.

Toutes les demandes syndicales, sectorielles et celles de la table centrale, ont été rendues publiques lors d’un grand événement festif à l’Université de Montréal, le 29 octobre 2009. Nous étions quelques-uns de Saint-Laurent à y être.

Le retour du gouvernement a eu lieu comme promis assez rapidement : le 30 novembre pour une première partie et le 14 janvier pour une seconde, nous étions fixés. Les négociations se sont alors engagées dans un cadre qui visait l’obtention d’une entente avant le 31 mars, date de la fin du décret de 2005.

Les offres patronales (qui étaient surtout des « demandes ») nous ont déçus. En effet, les parties étaient très éloignées. Au sectoriel, nous avons reçu un cahier contenant entre autre, de vagues principes sur la reddition de compte à laquelle nous devrions dorénavant nous plier, mais qui n’indiquait pas de quelle façon. Notre cahier contenait au contraire des demandes très concrètes et directement applicables. Les premières rencontres entre le CPNC (Comité patronal de négociation des collèges) et le comité de négociation de la FNEEQ, dont fait partie notre collègue Guillaume Fournier, ont servi à voir en quoi, concrètement, se traduisaient les demandes patronales et à sonder jusqu’où ils iraient dans la satisfaction de nos propres demandes, concernant la tâche plus particulièrement.

Du côté de la table centrale, les offres salariales nous ont menés à craindre de dures négociations et même, un conflit à l’horizon. Le gouvernement a offert des hausses salariales de 5% sur 5 ans (avec possibilité d’une bonification de 1.5% si la reprise économique est plus forte que prévue), ce qui correspond à un appauvrissement de 3.5% à 5% selon la conjoncture économique. Ces offres inacceptables étaient enrobées de lamentations et de propagande sur la dure période économique que vivent le Québec et le monde occidental, rendant impossible des efforts substantiels de la part des responsables du Trésor.

Les négociations ont été très difficiles et souvent décourageantes, avec de longues périodes de temps morts après qu’on eut exploré des voies sans issues ; à la table sectorielle, il a fallu des mois à nos représentants pour cerner les priorités patronales et autant de temps pour faire comprendre à la partie patronale que nous ne céderions pas sur l’ajout de ressources sur la tâche. Cela annonçait le contenu de l’entente que vous connaissez déjà.

Au local, les moyens de pression avaient déjà commencé. Rappelez-vous : nous avons piqueté dans la bonne humeur un beau matin de mars, porté des foulards verts, fait des blitz d’information auprès des étudiants et mangé des biscuits chinois trafiqués de tous nos souhaits syndicaux. Nous avons aussi fait passer une proposition d’appui en notre faveur au conseil d’administration du collège en juin, nous avons retenu les notes jusqu’à la date limite et boycotté la CÉ. Fin mai, nous avons décidé de hausser l’intensité de nos moyens de pression de l’automne.

Le 31 mars n’a pas vu de règlement comme nous l’aurions souhaité, mais les parties se sont donné du temps, comprenant que tout était encore possible. Le processus de médiation a été enclenché mais n’a rien donné : c’est dans la deuxième moitié de juin que le rapprochement des parties s’est produit enfin et qu’on est arrivé à des ententes de principe tant au sectoriel qu’à la table centrale. Il faut mentionner que plus de 50% des tables sectorielles avaient trouvé un terrain d’entente dès la mi-juin et qu’à cette date, tout s’est enchaîné vers un règlement. Le Front commun aura tenu jusqu’au bout ; il n’y a que la FIQ qui s’en est dissociée pour négocier de son côté. Leurs efforts n’ont encore rien donné.

Le regroupement cégep FNEEQ a choisi de recommander l’adoption des ententes à nos membres. L’exécutif local abonde dans le même sens. Même si elles ne sont pas mirobolantes, ces ententes sont au moins négociées et elles comblent minimalement nos attentes. Plusieurs pensent que dans les circonstances, elles représentent le mieux que nous pouvions aller chercher : à la table centrale, des gains sont faits sur la question de la retraite et nos objectifs sont atteints sur les droits parentaux. Seuls les salaires sont insatisfaisants. À la table sectorielle, nous obtenons plus de 430 ETC et les patrons ont reculé sur la question de l’imputabilité. Selon le président de la FNEEQ, Jean Trudelle, « cette entente est le miroir exact du mouvement syndical actuel dans le secteur public », c’est-à-dire que nous avons une entente à la hauteur de la mobilisation que le gouvernement a sentie dans nos rangs. Ces ententes, selon nos leaders, sont acceptables car elles représentent le niveau « plancher » acceptable. Dans les mois à venir, il faudra nous demander quel syndicalisme nous voulons et faire un bilan de toute la négociation.

Les deux ententes de principe doivent recevoir votre aval afin de devenir effective et donc que la FNEEQ ait le mandat de signer la convention collective. Nous vous consulterons les 8 et 15 septembre. Soyons conscients que rejeter les ententes entraine une mise en branle de moyens lourds de pression allant jusqu’à la grève générale. La FNEEQ, malgré toute sa bonne volonté et toute sa force vive, peut-elle faire cavalier seul ? Cela dit, le choix vous revient.

Dans tous les syndicats faisant partie du Front commun, les votes ont commencé sur l’acceptation ou le rejet des ententes de principe. Tout le processus se terminera vers la fin septembre. À la FNEEQ, la date du retour de consultation des 46 syndicats est fixée au 17 septembre. Nous ne connaîtrons pas les résultats des votes pris graduellement dans les autres cégeps avant cette date afin de ne pas influencer les débats que nous aurons et notre propre vote.

Louise Lapierre
Responsable locale à l’information

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