Éducation et finances publiques – Quels sont nos véritables besoins ?

Chronique 37 du comité École et société de la FNEEQ.

Le prochain budget du gouvernement du Québec, attendu à la fin du mois, soulève beaucoup d’inquiétudes. Les mesures d’austérité adoptées l’année dernière ont été vivement rejetées par le milieu social québécois. La nécessité et l’utilité de ces choix ont été remises en question, puisque les investissements publics sont en général beaucoup plus efficaces pour relancer l’économie que de sévères restrictions. Certaines de ces mesures d’austérité affectent directement le milieu de l’éducation – la hausse des droits de scolarité, surtout. Ce qui nous mène à des questions essentielles: quel financement public voulons-nous pour notre système d’éducation? Que sommes-nous en mesure de demander en cette période d’austérité budgétaire?

On évalue souvent les budgets accordés à l’éducation selon le produit intérieur brut (PIB) : plus le pourcentage est élevé, plus l’éducation serait bien traitée. Il s’avère que le Québec se sort bien de telles comparaisons : nous donnerions plus que la moyenne des pays. Cela veut-il donc dire que nous devrions nous satisfaire de ce que notre gouvernement investit?

Le PIB est un indicateur qui soulève de vives critiques : il ne tient compte que de l’activité économique marchande et chiffrable, et laisse en plan une grande part de la vie des gens. Affirmons tout de même que, malgré ses imperfections, il reste un élément valable de comparaison. Mais il n’est certes pas un critère absolu. Par exemple, si l’ensemble des pays donnent des montants
insuffisants à l’éducation, le fait d’être au-dessus de la moyenne n’est pas très significatif. Dans de nombreux pays du Sud, les plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI) ont démantelé les systèmes d’éducation, qui ont des besoins criants et dont la faiblesse ne permet pas de donner la main d’œuvre qualifiée dont ils ont grandement besoin, ce qui abaisse considérablement la moyenne acceptable.

Les rencontres de la Trinationale de l’éducation et de la COCAL, tenues respectivement à Montréal et à Québec, l’année dernière, nous ont permis de constater à quel point le sous-financement affectait les enseignantes et enseignants du Mexique, et même ceux de notre puissant voisin états-unien. Les Européens, quant à eux, sont victimes d’éprouvants plans d’austérité qui provoquent des hausses dramatiques des droits de scolarité dans certains pays — au Royaume-Uni, plus précisément, ceux-ci passeront de l’équivalent de 5 200 $ à 14 000 $ par année.

Au Québec, personne n’oserait soutenir que notre réseau d’éducation roule sur l’or. Nos universités accumulent les déficits depuis plusieurs années. Les écoles publiques intègrent largement les élèves handicapés et les élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) dans les classes régulières parce qu’elles n’ont plus les moyens de leur accorder un suivi par des spécialistes. Ce financement insuffisant va à l’encontre des discours officiels, selon lesquels l’éducation est primordiale pour rendre le Québec plus compétitif, alors que ces bons mots ne sont jamais renforcés de politiques budgétaires conséquentes.

Pour remédier à la situation, le gouvernement Charest n’a pas d’autre stratégie que celle de faire payer, au niveau de l’éducation supérieure, le déficit par les utilisateurs, selon le principe néolibéral de l’utilisateur/payeur. Un principe qui a été maintes fois dénoncé par la FNEEQ, surtout parce qu’il limite l’accessibilité aux universités. Cette solution a d’ailleurs été fermement rejetée par les syndicats et les associations étudiantes lors d’une rencontre sur le sujet organisée par le MELS, le 6 décembre dernier, en partie aussi parce qu’il n’est pas garanti que l’argent supplémentaire soit investi dans l’éducation. Le budget des universités a augmenté de 142 % depuis 1997, contre une augmentation des effectifs de 19,5 % et une diminution des professeurs de 9,9 % !

Le combat pour une éducation mieux financée fait face au Québec à une difficulté qu’on ne peut nier : le peu d’importance que les Québécois y accorderaient. Un sondage portant sur les priorités des Canadiens et des Québécois, réalisé en 2009 par Multi Réso recherche marketing, a révélé que les premiers considéraient plus volontiers l’éducation comme une priorité que les seconds : 25 % pour les Canadiens contre 19 % pour les Québécois. Ce sondage montre aussi que la santé est une véritable obsession pour les Québécois : elle arrive en tête des priorités avec 62 % d’appuis contre 36 % chez les Canadiens, qui placent l’économie et l’emploi comme principales préoccupations.

Certes, il faut relativiser ce type de sondage. Et peut-être faire un lien entre la préoccupation pour la santé et la place incontournable que ce sujet a occupé dans les médias québécois. Chose certaine, on ne peut se baser sur des sondages, aux résultats souvent discutables, pour prendre une décision aussi fondamentale que de fixer le niveau convenable de financement de notre système
d’éducation.

Le discours du Parti libéral et des idéologues néolibéraux nous confronte à des choix déchirants : devant l’état soi-disant désastreux des finances publiques, on ne peut plus tout se payer – un bon système de santé, une éducation de qualité, de généreuses retraites, de l’énergie bon marché, une production culturelle diversifiée. La logique de la tarification porte sur les citoyennes et les citoyens  la responsabilité de choisir ce qui est vraiment important: ils paieront à l’acte les services dont ils auront le plus besoin. Les plus riches auront tout, les pauvres presque rien. L’éducation est mise sur le plateau d’une balance, alors qu’on laisse entendre que, si l’éducation est tellement importante pour certains, il y a toujours la possibilité de se payer l’école privée (ou d’étudier dans les universités les plus « performantes »).

Jamais dans ces discours, il n’est question de mesures de distribution de la richesse qui pourraient apporter des milliards dans les coffres de l’État : fiscalité progressive, lutte contre les fuites fiscales, taxe sur les transactions financières, hausses d’impôts pour les entreprises, hausses des redevances sur les ressources naturelles.

Pour le prochain budget du Québec, la FNEEQ souhaite – à l’instar de dizaines et de dizaines d’organisations communautaires, populaires et syndicales – que le gouvernement abandonne les mesures régressives envisagées et qu’il fasse un pas significatif vers une meilleure distribution de la richesse. Or, cela passe, en ce qui nous concerne, par un meilleur financement de l’éducation. Les
enseignantes et les enseignants méritent de meilleurs salaires ; les écoles doivent avoir les moyens de répondre aux défis modernes de l’éducation.

Certes, tout n’est pas une question d’argent. Un véritable effort de réflexion collective quant à l’avenir de notre système d’éducation serait nécessaire, en accordant une place privilégiée à celles et ceux qui œuvrent quotidiennement à éduquer et à former la jeunesse québécoise. C’est ce que la FNEEQ réclame depuis la publication du Manifeste pour faire de l’éducation publique une priorité au Québec, et en militant pour des États généraux sur les universités.


Contre le budget Bachand et les mesures d’austérité, venez en grand nombre à la manifestation organisée par l’Alliance sociale et la Coalition opposée à la tarification et la privatisation des services publics!

Le samedi 12 mars à 12 h Place du Canada


On peut rejoindre le comité école et société à l’adresse : cesfneeq@csn.qc.ca

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