Archives de catégorie : numéro 3

Le deuxième front a-t-il toujours du front ?

par Frédérique Bernier et le Comité École et société

Première partie — Quelques réflexions critiques
sur l’engagement sociopolitique des syndicats

C’est au congrès CSN de 1968 que Marcel Pepin lança l’idée du « deuxième front » qui engageait le syndicalisme à élargir ses revendications en débordant le cadre des conventions collectives, jugé insuffisant pour contrer les injustices systémiques à l’égard des travailleurs, au profit d’une action plus large et plus directe sur les orientations et les structures de la société. Le deuxième front reflète alors « la conviction accrue de la nécessité d’une action politique organisée1 », à la mesure de l’importance et du poids qu’avaient pris les syndicats. Dans les années qui suivront, le « deuxième front » prendra notamment la forme de comités d’action politique qui, conjointement avec d’autres syndicats (CEQ) et avec des groupes populaires (comités de citoyens, associations de locataires, coopératives d’habitations, groupes de consommateurs, etc.), devaient permettre aux travailleurs de se réapproprier activement le pouvoir au sein de leurs différents milieux de vie. Ce sont les beaux jours d’un certain « syndicalisme de combat », dont s’est réclamé une partie de la CLASSE au printemps dernier, qui avait alors pour but affiché de « transformer le régime capitaliste, en tant que source de [l]’exploitation » des travailleurs2, comme en témoignent les grands manifestes syndicaux du début de la décennie 1970 : L’État, rouage de notre exploitation (FTQ), Il n’y a plus d’avenir pour le Québec dans le système économique actuel et Ne comptons que sur nos propres moyens (CSN).

Si la CSN eut, semble-t-il, un succès modeste dans l’implantation de ces comités d’action politique et ce, pour diverses raisons (dont la montée du PQ, vu comme garant de l’implantation de mesures sociales favorables aux travailleurs), cette idée du « deuxième front » demeure assurément marquante dans l’histoire syndicale québécoise. Associée à une sorte d’âge d’or syndical, l’idée semble faire périodiquement l’objet d’une volonté de réactivation dans les rangs de la CSN3 . Allant de pair avec un désir de politisation et de branchement sur les mouvements sociaux, le deuxième front syndical paraît aussi indissociable d’une certaine radicalisation des luttes partant de la base : « Les grands manifestes syndicaux des années 1971 et 1972 marquent […] une radicalisation idéologique des centrales, elle-même nourrie par les luttes sociales de cette époque. Toutes trois [CSN, FTQ, CEQ] prônent l’instauration d’une société socialiste à participation démocratique4. » Or, ces valeurs n’ont-elles pas été singulièrement incarnées au printemps dernier, alors qu’à la faveur de la grève étudiante un mouvement social sans équivalent au Québec depuis des décennies a fait naître, dans un foisonnement et une inventivité étonnante, diverses initiatives étudiantes et citoyennes (dont les Assemblées populaires de quartier) qui ne sont pas sans faire écho à cette volonté d’activer en divers lieux du tissu social une véritable démocratie participative ?

S’il y a lieu, d’un point de vue syndical, de se réjouir du sursaut politique de 2012, force est de constater que les centrales syndicales, en dépit de leur appui et de leur participation, n’en ont été ni les initiateurs ni les principaux moteurs. Est-ce à dire que ce rôle serait désormais l’apanage d’un certain syndicalisme étudiant qui a moins à craindre (en termes des sanctions légales et financières) et à perdre (en termes de membres) en se radicalisant et en jouant sur un terrain résolument politique ? Considérant la restriction considérable du droit de grève par les diverses lois spéciales et décrets qui ont balisé les luttes syndicales depuis le début des années 1980 ; considérant aussi l’approche plus partenariale que combative qui caractérise le mouvement syndical des dernières décennies, il y a peut-être lieu effectivement de se demander si les syndicats ont toujours les moyens d’être de réels acteurs du changement politique.

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Le calcul de la charge en musique : nous dirigeons-nous vers le statu quo ?

par Guillaume Fournier

Le calcul de la charge d’enseignement en musique a fait l’objet de nombreux travaux depuis la signature de la dernière convention collective. C’est que les modifications apportées au calcul de la charge individuelle (CI) pour mieux mesurer la lourdeur des nombreuses préparations ont également eu des effets insoupçonnés sur le calcul de la charge des professeurs de musique. En effet, si le comité de négociation était conscient de l’existence de nombreuses préparations en musique, personne n’avait prévu l’ampleur des conséquences sur ces enseignants. Ces derniers ont vu le calcul de leur CI littéralement exploser sans que les ressources accordées ne permettent véritablement de soulager leur tâche. Uniquement au Cégep de Saint-Laurent, pour respecter les nouveaux calculs, il aurait fallu engager en musique l’équivalent de cinq professeurs à temps complet. Or, les nouvelles ressources ne permettaient de combler qu’un cinquième de tâche ! Devant cette situation, nos représentants nationaux ont convenu avec le Comité patronal de négociation des collèges (CPNC) de suspendre l’application des nouveaux coefficients pour les enseignants de la discipline musique et d’entreprendre des travaux pour trouver une solution durable. Un nouveau calcul de CI mieux adapté est sur la planche à dessin, mais celui-ci pourrait bouleverser plusieurs pratiques établies. Dans les lignes qui suivent, nous expliquerons en détail les changements proposés et leurs conséquences sur la tâche. Mais voyons d’abord pourquoi les gains de la dernière négociation posent tant de problèmes d’application chez les enseignants de musique.
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